Le paradoxe de l’entraînement mental dans le sport

Selon certaines études (Weinberg et Gould, 2015), la majorité des entraîneurs sportifs estiment que la performance mentale représente 50 % du résultat lors d’une compétition face à un adversaire de niveau similaire, et jusqu’à 80-90 % pour certains sports.

Cela étant dit, comment se fait-il que l’entraînement mental ne soit pas plus largement répandu pour optimiser nos performances ?

Une journée de compétition n’est PAS une simple promenade en forêt. C’est le moment pour lequel nous nous sommes préparés : il y a du stress, de l’incertitude, et, pendant la compétition, des adversités, des pressions et des frustrations. Chaque instant nous confronte au meilleur comme au pire de nous-mêmes. Beaucoup observent qu’ils s’entraînent mieux qu’ils ne performent en compétition ou qu’ils se laissent submerger par des pensées et émotions négatives. C’est un phénomène normal. Cela arrive parce que, sans outils spécifiques, nous ne maîtrisons pas toutes les variables nécessaires pour donner le meilleur de nous-mêmes et apprécier pleinement l’expérience.

Cependant, l’entraînement mental et la préparation psychologique ne sont pas synonymes de haute performance en soi. Un bon physique et d’excellentes compétences techniques et tactiques sont indispensables pour progresser. Les compétences mentales ne remplacent pas l’apprentissage technique ou tactique mais permettent de les exprimer au plus haut niveau.

On peut diviser la performance d’un athlète en quatre piliers : compétences physiques, techniques, tactiques et mentales. Mais alors, comment définit-on la « performance mentale » ?

Le concept de performance est indissociable de celui de compétence. En d’autres termes : il n’y a pas de performance sans compétences. La performance mentale est un ensemble de compétences qui, lorsqu’elles sont maximisées (Target, 2016), permettent de réaliser une fonction ou une activité avec des résultats optimaux. Ces compétences mentales se composent de savoirs et de techniques, qui se traduisent par des comportements efficaces que nous appelons « performance » (D’Hainaut, 1988). Ces compétences incluent, entre autres : la confiance, la motivation, la concentration, l’estime de soi, la gestion des émotions, l’énergie, la communication, etc.

Bien que relativement récente et principalement orientée vers les sportifs d’élite, la psychologie du sport s’est historiquement intéressée à l’état mental optimal des athlètes pour améliorer leur performance. Cela inclut l’acquisition de compétences psychologiques (Mañas et al., 2014).

Les interventions cognitivo-comportementales dites de « deuxième vague », utilisées par les psychologues et les coachs mentaux, se concentrent sur le contrôle, l’élimination ou le remplacement des pensées et émotions négatives des sportifs pour atteindre des performances optimales. Toutefois, il a été démontré que ces approches peuvent parfois produire des effets inverses. Les « interventions de troisième vague », comme le mindfulness (pleine conscience), suggèrent au contraire que l’acceptation des états internes, associée à une clarification des objectifs, peut améliorer la performance (Gardner et al., 2004).

La pleine conscience ou attention efficace (mindfulness) est définie comme la capacité à porter une attention totale et continue à l’information pertinente du moment présent (par exemple, un schéma de jeu chez l’adversaire ou des pensées/émotions qui perturbent la performance). Cela implique de se détacher de ce qui est non pertinent (par exemple, des doutes ou pensées négatives).

Ce type d’entraînement se distingue des approches traditionnelles basées sur le contrôle. Selon Gardner et Moore (2012), les résultats empiriques accumulés au cours des premières décennies du XXIe siècle montrent que la pratique systématique du mindfulness peut favoriser le développement et le maintien d’un haut niveau de performance sportive.

Bien que l’entraînement mental basé sur le mindfulness soit encore récent (et quasi inconnu en Espagne), nous savons que ces exercices spécifiques améliorent les conditions mentales des athlètes, leur permettant de se connecter au meilleur d’eux-mêmes dans leur sport et leur vie.

De plus en plus d’athlètes d’élite, comme Michael Jordan, Kobe Bryant ou Novak Djokovic, ainsi que plusieurs comités olympiques à travers le monde, intègrent la pleine conscience pour renforcer leur concentration, leur gestion émotionnelle et leur résilience. Le cerveau humain, avec ses 60 000 pensées quotidiennes, peut être comparé à un cheval sauvage qui galope dans toutes les directions sans logique ni conscience. Mais il est possible de l’entraîner, de le calmer, pour qu’il soit plus clair, concentré et lucide — des qualités fondamentales pour une performance efficace.

Mon approche combine le coaching individuel, la pleine conscience et des techniques cognitivo-comportementales (comme la visualisation). Ces interventions complémentaires créent une synergie bénéfique pour les sportifs.

Il y a quelques décennies, l’entraînement physique spécifique était rarement inclus dans les programmes sportifs hebdomadaires. Ses bénéfices étaient méconnus et parfois considérés comme une perte de temps. Aujourd’hui, il est incontournable, même à un niveau amateur.

Je pense que l’entraînement mental suit une évolution similaire. Bien que la psychologie sportive ait favorisé le développement introspectif des athlètes, la préparation mentale en tant que discipline spécifique, comme on la trouve aux États-Unis ou en France, reste rare dans certains pays. Cette préparation complète et prolonge le travail thérapeutique en appliquant des stratégies orientées vers la performance et l’épanouissement personnel en lien avec les objectifs de l’athlète.

Cela pourrait commencer simplement : un « échauffement mental » en début de séance, des visualisations courtes pendant l’entraînement pour renforcer les apprentissages techniques ou tactiques, ou des pratiques de mindfulness pour améliorer la concentration et la gestion du stress.

Avec un léger changement de paradigme, il deviendra tout aussi naturel d’entraîner nos esprits que nos corps. Qu’en pensez-vous?

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